Un parc paysager au Ry-Ponet : une opportunité pour la métropole liégeoise

Des étudiantes du cours de Morphologie urbaine et intégration paysagère présenteront leur analyse du site du Ry-Ponet, le lundi 4 juin à 17 heures, à l’amphi 02 de l’Institut de Mathématiques (B37).

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Une pédagogie par le projet

Trois étudiantes de l’Université de Liège se sont attachées à analyser la qualité paysagère du site du Ry-Ponet dans le cadre du cours de Morphologie urbaine et intégration paysagère. Ce cours est au programme des ingénieurs civils architectes et du Master de spécialisation en urbanisme et aménagement du territoire.

L’objectif de ce cours est de former les futurs architectes et urbanistes à l’analyse des paysages, en combinant des approches sensibles, historiques et analytiques. L’enseignement est basé sur une pédagogie par le projet. Chaque groupe d’étudiant se voit assigné un territoire et un objectif précis qu’il doit aborder en combinant divers types d’outils et de méthodes. Le travail débute par une phase d’analyse et se conclut par des propositions d’intervention justifiées et dimensionnées en fonction du diagnostic réalisé.

L’ensemble du travail repose sur l’exploitation de Systèmes d’Information Géographique (SIG), qui permettent de croiser et traiter un grand nombre d’informations et de bases de données territoriales et urbaines. Nous utilisons dans le cadre du cours un logiciel gratuit Open Source, à savoir QGIS. Ceci permet aux étudiants de se former à l’utilisation d’un outil qu’ils pourront ensuite utiliser dans leur vie professionnelle, qu’ils travaillent dans une agence d’urbanisme ou d’architecture, dans des pays du nord ou du sud, pour des applications analytiques ou plus documentaires.

Le périmètre d’étude

Le logiciel QGIS permet de croiser des données historiques relatives au territoire (cartes Ferraris, Vandermaelen), des photographies aériennes et de réaliser des calculs sur base d’un modèle numérique de terrain. Une telle approche est indispensable lorsque l’on veut aborder l’intérêt paysager d’un site comme le Ry-Ponet dans le contexte de l’agglomération liégeoise.

Le périmètre d’étude, de 1.150 ha, est situé à l’interface entre les communes de Liège, Chaudfontaine, Beyne et Fléron (figure 1). Il est organisé autour d’un vaste espace vert, de 320 ha (+ 150 ha de zone tampon), bordé par une urbanisation compacte en fond de vallée de la Meuse et de la Vesdre, et plus diffuse sur le plateau.

Le Ry-Ponet est traversé par la ligne 38 du Ravel, qui remonte de Chênée à Fléron. Une partie importante du site est reprise en zone d’habitat et zone d’habitat à caractère rural au plan de secteur. Ceci signifie que, en l’absence de réflexion collective sur le devenir de ce vaste espace vert, il devrait se voir petit à petit grignoté par l’urbanisation…

périmètreFigure 1 – Périmètre de l’étude paysagère

Le site a fait récemment l’objet d’un important projet de développement, porté par la compagnie financière Neufcour, qui prévoyait d’y développer ± 520 logements. Ce projet a suscité une mobilisation importante des riverains du projet, qui ont alors formé le collectif Ry-Ponet afin de défendre une vision alternative pour le site (une des étudiantes du cours est membre de ce collectif). L’association Urbagora devait, pour sa part, formuler un premier projet de reconversion du site en parc métropolitain dès décembre 2014.

Considérant ces antécédents, nous avons demandé aux étudiantes du cours de développer une analyse du site et du projet proposé sur le modèle des études d’impact visuel et paysager.

Le Ry-Ponet : un espace ouvert témoin de l’anthropisation de nos paysages

L’analyse de l’évolution historique du Ry-Ponet met en évidence le caractère anthropisé du paysage (figure 2). Le relief naturel y a été profondément remanié suite à l’arrivée du chemin de fer et à l’exploitation minière. Le cours d’eau qui donne son nom au site a été enterré et les  boisements se sont peu à peu réduits pour faire place à l’activité agricole.

L’urbanisation s’est développée tout autour du site, suivant les lignes de croissance des vallées de la Vesdre et de la Meuse ainsi que de la nationale qui relie Liège à Herve. Cette urbanisation hybride, compacte dans les vallées et plus diffuse sur le plateau, a fini par enclaver complètement l’espace ouvert central.  Certains terrils ont été aplanis pour faire place à l’urbanisation ; d’autres subsistent et ont été valorisés à proximité de l’ancienne voie de chemin de fer.

historique
Figure 2 – Analyse de l’évolution historique du site

A côté de ces transformations importantes, on relève un certain nombre d’invariants, à savoir des structures paysagères préservées parfois depuis l’Ancien Régime : position dominante de la basilique de Chêvremont, ferme Sainte-Anne, massif du Bois de Beyne etc. L’ensemble de ces éléments, naturels et anthropiques, conforme un système dynamique, riche d’enseignements pour qui s’intéresse à l’évolution du rapport entre ville, industrie et espaces servant ces activités.

Le « vide » qui subsiste au Ry-Ponet n’est rien d’autre que l’envers du décor du passage de la ville industrielle à la ville diffuse. C’est, à ce titre, un paysage culturel, porteur de nombreuses traces du passé qui méritent d’être valorisées, à l’image de ce que l’on voit dans d’autres villes, qui ont choisi de préserver d’anciens paysages miniers au titre de leur valeur écologique, culturelle et didactique (voir par exemple le site de la Arboleda à Bilbao).

Un paysage reconnu et sensible

Le travail des étudiants met par ailleurs en évidence la présence de nombreux points de vues remarquables dans et autour du site du Ry-Ponet.

PIPs adesa
Figure 3 – Localisation des Points de vue remarquables et Périmètre d’intérêt paysager ADESA

L’asbl ADESA a été chargée, au début des années 2000, de relever des points de vue remarquable afin d’actualiser les zones d’intérêt paysager identifiées au plan de secteur. Le travail s’est basé sur une approche participative, associant les habitants et les associations locales. Ces points de vue ont fait l’objet d’une analyse systématique et d’une hiérarchisation.  On en compte pas moins de 13 au sein du Ry Ponet (figure 3). De ce fait, l’ensemble du site devait ensuite être reconnu comme Périmètre d’intérêt paysager par ADESA.

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Figure 4 – Analyse d’un point de vue remarquable (avant/après)

Les points de vues remarquables identifiés par Adesa en 2004 ont fait l’objet d’une nouvelle lecture paysagère dans le cadre du travail des étudiantes. Revisiter ces points de vue a permis de mettre en évidence d’éventuelles altérations et de compléter la caractérisation du paysage perçu à partir des points considérés. Chaque point a ensuite fait l’objet d’une fiche mettant en évidence leurs caractéristiques visuelles, les altérations éventuelles, ainsi que leur sensibilité par rapport à d’éventuelles modification dans le contexte (figure 4).

Une cartographie des bassins de visibilité

L’analyse de sensibilité est basée sur une analyse des bassins de visibilité (viewsheds) calculés sur base de QGIS à partir de chaque point de vue Adesa. Ces bassins de visibilité ont été superposés au plan de secteur afin d’identifier des vues plus ou moins menacées par l’urbanisation.

En complément, un bassin de visibilité cumulatif, portant sur la visibilité globale du Ry-Ponet a été calculé (figure 5). Il ressort de cette analyse que l’aménagement site du Ry Ponet est susceptible d’avoir un impact visuel considérable à l’échelle de Liège et de son agglomération.  Qui plus est, le site est fortement perceptible depuis un certain nombre de points de vue considérés comme de très haute valeur paysagère et écologique (comme la lande de Streupas par exemple).

cumulative viewshed
Figure 5 – Bassin de visibilité cumulatif de l’ensemble du site du Ry-Ponet

Enfin, le bassin de visibilité cumulatif de 8 points placés à différentes hauteur des principaux bâtiments du projet d’aménagement Haisse-Piédroux a été calculé. Ceci permet de mesurer directement l’impact visuel du projet immobilier sur son environnement direct et lointain.

Un benchmarking d’aménagements paysagers métropolitains

Le travail se conclut par une analyse comparative de dix parcs paysagers métropolitains, ceci afin de dégager différentes approches en matière de valorisation de parcs paysagers en Europe. Les parcs paysagers considérés dans le cadre de ce benchmarking sont les suivants :

  • Phoenix park – Dublin (Irlande) ;
  • Sutton park – Birmingham (UK) ;
  • Richmond park  – Londres (UK) ;
  • Steinhofgrunde – Vienne (Autriche) ;
  • Parc de la deûle – Lille (France) ;
  • Tempelhof – Berlin (Allemagne) ;
  • Quartier Teisseire – Grenoble (France) ;
  • Parc du domaine de Meric – Montpellier (France) ;
  • Parc du Scheutbos & parc roi baudoin – Bruxelles (Belgique) ;
  • Parc de la hulpe – Bruxelles (Belgique).

Une fiche d’analyse retraçant les motivations et modalités de l’aménagement du parc paysager est proposée pour chacun d’entre eux.

Vers un débat public associant l’ensemble des acteurs du dossier ?

Nous espérons que les analyses réalisées par ces étudiantes permettront de relancer la réflexion sur l’avenir du Ry Ponet.

Pour qu’une telle réflexion soit fructueuse, il nous paraît essentiel de disposer d’informations fiables et contrastées, sur le modèle de ce que l’on attend aujourd’hui dans le cadre d’une étude d’impact sur l’environnement. Or on sait à quel point le paysage reste bien souvent le « parent pauvre » de ces études d’impact, considérant qu’il relève plutôt du jugement qualitatif ou esthétique que de la démarche scientifique.

Sans vouloir nier la dimension subjective et personnelle de notre rapport au paysage, il nous paraît important de reconnaître également le paysage comme un bien commun, combinant dimensions matérielle et immatérielle. En tant que tel, il est susceptible d’être investi par des communautés plus ou moins importantes pour assurer sa viabilité et son entretien.

La réalisation d’un projet immobilier au sein d’un tel site ne conduit pas à détruire le paysage ou la vue, mais à les privatiser : seuls quelques uns auront désormais accès à la vue sur les vallées de la Meuse, de l’Outre et de la Vesdre. On peut bien sûr accepter une privatisation de certains paysages, sans quoi la ville ne pourrait plus se développer et se reconstruire sur elle-même. Nous considérons toutefois que cela doit être fait en connaissance de cause, en associant l’ensemble des parties prenantes au débat et en considérant l’ensemble des alternatives possibles.

Instrumenter l’analyse du paysage, à travers une cartographie des bassins de visibilité ou de l’évolution du territoire au cours du temps, n’a pour but de le sacraliser, au nom de vertus immanentes ou d’une prétendue objectivation scientifique. Il s’agit, plus modestement, de fournir des prises à un débat qui sera forcément contradictoire et politique, puisqu’il implique de repenser le rapport du public au privé.

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