Ceinture Aliment-Terre Liégeoise

Christian Jonet nous présentera le projet de la Ceinture Aliment-Terre liégeoise, le mercredi 15/11 à 17h30, dans les Amphis Opéra (Salle Thiry). Soutenir les circuits courts alimentaires, c’est une manière de lutter contre l’étalement urbain et de promouvoir un développement territorial plus durable.

Le projet de la Ceinture Aliment-Terre liégeoise s’inscrit dans le cadre du mouvement international des « villes en transition ». La relocalisation de la production agricole y apparaît comme un moyen pour transformer la ville et son rapport à la périphérie, à travers des projets de maraichage et d’agriculture locale portés par des petits producteurs, des collectifs d’habitants et la chaine de distribution locale de produits alimentaires.

Cette dynamique territoriale sert plusieurs objectifs dont notamment, le fait de viser une souveraineté alimentaire locale, de développer les circuits courts alimentaires, d’aider à la remise au travail de personnes en développant une économie locale, de repenser un modèle d’agriculture et d’élevage soutenable, de mobiliser les citoyens et acteurs locaux dans un projet collectif et participatif.

Le développement d’une agriculture urbaine et rurale locale a été récemment intégrée dans le Schéma de développement territorial de Liège Métropole (présenté le 13/09/2017 aux élus de l’arrondissement).

Ce Schéma de développement territorial se structure autour de 11 enjeux et de 4 grandes ambitions territoriales. L’une de celles-ci n’est autre que le développement de l’agriculture alternative et des circuits-couts alimentaires, avec la mobilisation progressive de 100 ha/an pour le développement de ce type d’agriculture et le développement de nouveaux emplois dans le secteur, en phase avec les objectifs de la Ceinture Aliment-Terre liégeoise.

Rappelons ici que l’agriculture a un rôle à jouer dans la lutte contre l’étalement urbain à travers la viabilisation de terres agricoles localisées au sein de la ville ainsi que dans sa périphérie. Elle apparaît à ce titre comme un levier d’un projet urbain plus durable et plus solidaire pour la ville.

 

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L’eau en ville : un matériau pour les urbanistes

J’ai donné ce lundi 6 novembre une conférence sur l’eau en ville. Cette conférence était organisée dans le cadre du module développement territorial « Grand Verviers » mis en place par l’Espace Universitaire de l’ULiège.

J’ai parlé de Bordeaux, bien sûr, mais aussi Liège, Namur, Bruxelles, Nimègue, Hanovre. En essayant de mettre en évidence les défis sociaux, écologiques et paysagers liés au « retour l’eau en ville », après deux siècles d’enfouissements et d’invisibilisation de cette ressource paysagère, environnementale et sociale.

Ma présentation est disponible via ce lien. Beaucoup d’images, peu de texte sur les transparents…

L’urbanisme tactique : une autre manière de faire la ville…

Le succès actuel de l’urbanisme tactique est lié à l’essoufflement du modèle du Master Plan, trop souvent associé à des travaux infrastructurels lourds et couteux. L’urbanisme tactique se focalise, lui, sur des interventions ponctuelles et réversibles en milieu urbain. Il s’appuie sur les réseaux sociaux et culturels existants pour « réenchanter la ville » et contribuer à une forme d’empowerment des habitants. Nous plaidons pour un recours à ce modèle d’urbanisme tactique dans le cadre des interventions dans les quartiers en difficulté.

La fin du Master Plan ?

Le Master Plan est un outil d’urbanisme lié à la transposition des démarches de planification stratégique depuis le domaine de l’entreprise vers celui de la ville et de l’urbanisme. Les Master Plans reposent sur la coordination d’un grand nombre d’acteurs, publics et privés, qui s’associent afin de transformer en profondeur les structures spatiales d’une partie de la ville. De nature non réglementaire et indicative, on va les voir fleurir dans l’Europe entière dans le cadre d’une série de programmes de régénération urbaine dans des espaces marqués par la désindustrialisation.

A titre d’illustration, on remarquera qu’un Master Plan très ambitieux a été mis en œuvre, chez nous, dans la commune de Seraing, de manière à accompagner la transformation de la ville liée à la fermeture de la phase à chaud. Il reposait sur une collaboration étroite entre responsables de la ville de Seraing, qui souhaitaient par là reprendre en main l’avenir de leur territoire, et les « grands acteurs » métropolitains et régionaux (SPW Route, SRWT, administration régionale de l’urbanisme, SPI etc.) ainsi que des acteurs privés (en particulier Arcelor qui souhaitait conserver la maîtrise foncière de ses terrains).

Ce modèle transnational du Master Plan apparaît aujourd’hui remis en question.

Un premier motif d’interrogation est lié à la baisse structurelle de moyens publics pour financer de tels programmes de régénération urbaine. On a pu par ailleurs reprocher aux Master Plans une forme de standardisation et de reproduction de mêmes recettes dans des contextes urbains très différents, avec des résultats parfois décevants. On constate par ailleurs que ces démarches de Master Plan tendent à ignorer une série de demandes citoyennes et ce même lorsque des dispositifs de participation sont mis en œuvre pour accompagner la démarche de réflexion.

Plus fondamentalement, le Master Plan se concentre largement sur des investissements dans les composantes physiques et matérielles de la ville – infrastructures de communication, équipements culturels phares, nouveaux quartiers –, avec souvent la désagréable surprise que la dynamique urbaine ne prend pas et que ces « beaux objets urbains » se dégradent après quelques années. Ceci est lié au fait que ce mode d’intervention mise essentiellement sur les composantes « hardware » de la ville. Il oublie l’importance du substrat social et culturel de nos espaces de vie, le « software » de la ville, qui joue un rôle de premier plan dans les dynamiques de régénération urbaine. Or ce substrat social et culturel joue un rôle fondamental en matière d’intégration sociale et d’émancipation individuelle.

Le Master Plan se trouve ainsi régulièrement en décalage par rapport à l’ensemble des initiatives spontanées liées au champ de l’économie collaborative, qui reposent sur des dynamiques horizontales entre usagers de services urbains (peer-to-peer).

L’urbanisme tactique : un mouvement issu de pratiques contestataires

Douay et Prévot définissent de la sorte l’urbanisme tactique : « l’urbanisme tactique propose à tout citoyen d’agir matériellement sur son environnement urbain immédiat et quotidien afin de le rendre plus agréable à vivre, et ce sans attendre que les autorités/acteurs en charge de l’aménagement et de l’urbanisme répondent à ses aspirations. » (Douay et Prévot, 2016)

A l’origine, cette manière de faire la ville repose explicitement sur une approche contestataire de l’urbanisme. On retrouve dans la boîte à outils de l’urbanisme tactique des pratiques telles que le « guérilla gardening », « faire sauter l’asphalte » ou encore de « chair bombing »… Ces pratiques s’inscrivent assez naturellement dans la foulée des approches situationnistes.

On peut se référer à cet égard aux écrits de Michel de Certeau pour qui « les tactiques sont des procédures qui valent par la pertinence qu’elles donnent au temps – aux circonstances que l’instant précis d’une intervention transforme en situation favorable, à la rapidité de mouvements qui changent l’organisation de l’espace, aux relations entre moments successifs d’un “coup”, aux croisements possibles de durées et de rythmes hétérogènes » (de Certeau, 1990). On voit ici l’importance donnée au temps court, au caractère non linéaire et pour partie imprévisible de la fabrique de la ville.

Cette forme d’urbanisme se développe à contrepied des discours dominants, de l’entrepreneurialisme et du marketing territorial. Il s’appuie sur des démarches ascendantes, communautaires et ponctuelles menées dans un esprit « do it yourself », pour agir sur le mode de l’acupuncture urbaine. Le choix des lieux et de la rapidité des interventions sont ici des paramètres fondamentaux.

L’urbanisme tactique repose ainsi sur trois basculements fondamentaux. Il privilégie (i) le détournement plutôt que l’alignement, (ii) la réversibilité et le provisoire plutôt que l’irréversibilité et (iii) l’expérimentation plutôt que la planification.

Intervention dans les quartiers en difficulté

Cette autre manière de faire la ville trouve un terrain d’application favorable dans les quartiers en difficulté. On sait en effet le manque de moyens auquel la politique de la ville et des quartiers est aujourd’hui confrontée. C’est tout particulièrement le cas en Wallonie, où les budgets alloués aux politiques de rénovation et de revitalisation urbaine n’ont cessé de baisser depuis 2008 (figure 1).

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Figure 1 – Evolution des budgets de crédits classiques (hors financements Feder) alloués à la rénovation (en bleu) et à la revitalisation urbaine (en orange) en Wallonie

Qui plus est l’effet d’entraînement attendu des politiques de rénovation urbaine, à savoir le fait de stimuler les investissements privés dans la foulée des investissements publics, se voit aujourd’hui profondément remis en question. On se heurte dans les quartiers en difficulté à un certain nombre de verrous (manque d’intérêt des propriétaires bailleurs, taux de rotation des habitants, déclin structurel de l’activité commerciale, difficultés d’intervention de la puissance publique face au morcellement de la propriété privée) qui limitent fortement les effets d’entraînement attendus.

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Figure 2 – Cartographie de l’indice synthétique de difficulté en Wallonie (à l’échelle des secteurs statistiques) élaborée par la CPDT (Bianchet et al., 2016)

Par ailleurs, le risque de gentrification amène à considérer de tels effets d’entraînement avec prudence. Convenons néanmoins que ce risque reste assez hypothétique en Wallonie. La figure 2 propose une cartographie des quartiers en difficulté en Wallonie sur base de données récentes (2015). La méthodologie adoptée par la CPDT repose sur l’intégration de 20 variables, à l’instar de ce qui avait été proposé lors de la réalisation de l’atlas « Dynamique des quartiers en difficulté dans les régions urbaines belges » (Grippa et al, 2015). Il ressort de cette cartographie que les quartiers les plus fragiles restent fortement concentrés dans les zones urbaines du sillon industriel, qui restent peu attractives pour une part substantielle des classes moyennes et aisées.

Des expériences à Liège dans le cadre des projets Interreg SUN et VALUE Added

Ces différents facteurs expliquent très logiquement l’intérêt porté par les acteurs de la ville pour des modes d’action alternatifs dans ces quartiers. C’est la raison pour laquelle des interventions inspirées de l’urbanisme tactique ont été développées à titre expérimental au sein de la ville de Liège, dans le quartier Saint-Léonard ainsi qu’autour du parc de la Chartreuse, dans le quartier du Longdoz notamment.

Dans les deux cas les interventions ont été construites sur base d’une collaboration entre Ville – différents départements dont la maison de quartier de St-Léonard (Gregor Stangherlin) et le service des travaux publics (Anne Rondia) – et Université de Liège – laboratoire LEMA (Christine Ruelle) –, développée dans le cadre des projets Interreg SUN et VALUE Added,

Dans le cadre du projet SUN, il s’agissait de soutenir des initiatives habitantes en matière de verdurisation des quartiers. Des micro-projets proposés par des collectifs constitués d’habitants, de commerçants, d’associations et/ou d’écoles ont été évalués, sélectionnés, accompagnés et financés par le projet Interreg. On parle ici de financements de l’ordre de 3.000 à 5.000 EURs. Dans le cadre de la Chartreuse, la conception du projet et certains aspects de sa réalisation ont mobilisé les établissements scolaires proches (Ecole professionnelle de Froidmont, Collège Saint-Louis), des écoles d’art (ESA Saint-Luc Liège, Van Hal Larenstein University), les associations présentes autour du site (le Monde des Possibles,…), etc. Les acteurs sociaux et culturels sont, on le voit à travers ces quelques exemples, au cœur de la démarche de l’urbanisme tactique…

Il ressort de ces expériences que le processus de mise en place des actions a parfois autant si ce n’est davantage d’importance que leur résultat final qui peut paraître modeste. Il s’agit en effet de constituer et de mobiliser des collectifs d’habitants dans les quartiers, de soutenir leur intégration dans un processus de délibération collective, de les mettre en capacité, par exemple, de répondre à des appels à projets, soit une série de compétences qui pourront ensuite être mobilisées dans d’autres contextes. C’est là tout le sens de l’urbanisme tactique, qui entretient une confusion délibérée entre fins et moyens.

On observe par ailleurs que dans l’évaluation de ces actions, les processus de mobilisation et les effets d’apprentissage induits apparaissent comme déterminants au regard de l’intérêt de pérenniser et/ou mettre à échelle certains dispositifs, tels que les appels à verdurisation d’un quartier.

Il convient par ailleurs de souligner que ce mode opératoire ne peut masquer le manque d’investissements structurels dans les quartiers en difficulté. Il faut toujours y investir dans des espaces verts de qualité, les formes de mobilité alternative, l’amélioration de la qualité de l’habitat. L’urbanisme tactique n’est pas une panacée et ne peut devenir un alibi pour oublier les injustices profondes dont souffrent les quartiers en difficulté.

Dans cet esprit, on constate aujourd’hui que plutôt que de modes opératoires opposés et incompatibles, urbanisme tactique et stratégique se voient aujourd’hui combinés dans un nombre croissant d’interventions urbaines. L’urbanisme tactique apparaît alors comme un moyen d’intervenir dans le temps court de la ville pour préparer, anticiper et tester des interventions, de nouveaux usages qui seront éventuellement stabilisés sur le temps long. L’urbanisme tactique sort ici du rôle contestataire et marginal qu’il tenait par le passé pour s’institutionnaliser. Un tel couplage entre urbanisme tactique et stratégique nous paraît particulièrement pertinent dans les quartiers en difficulté, considérant que des interventions ponctuelles et une mobilisation citoyenne exigent, dans ces quartiers, un soutien de la puissance publique et des acteurs intermédiaires (réseau associatif, maisons de quartier, écoles etc.)

Pour aller plus loin…

Bianchet, B., Decroly, J.-M., Descamps, J., Bastin, F., Claeys, D., Mercenier, C., Ruelle, C., Wilmotte, P.-F. (2016), Localisations prioritaires en matière de dynamisation et de rénovation des quartiers urbains existants, Rapport CPDT, Disponible en ligne.

Lydon M., Garcia A. (2015). Tactical Urbanism: Short-Term Actions for Long-Term Change. Washington DC, IslandPress.

Lerner J. (2007). Acupuncture urbaine. Paris, L’Harmattan, coll. Villes et entreprises, préface d’A. Voisin.

Casagrande M. (2010). Urban Acupuncture. Adam Parsons, University of Portsmouth.

Bacqué M-H., Biewener C. (2013). L’empowerment, une pratique émancipatrice ? Paris, La Découverte.

Douay, N., Prévot, M. (2016). « Circulation d’un modèle urbain « alternatif » ? », EchoGéo.

Grippa, T., Marissal, P., May, X., Wertz, I., Van Hamme, G., & Loopmans M. (2015). Dynamique des quartiers en difficulté dans les régions urbaines belges. Bruxelles : SPP Intégration sociale.

Ruelle, C. (2016). Vers une transition durable des quartiers urbains. Formulation d’un modèle d’innovation applicable à la politique des quartiers. Thèse de doctorat en art de bâtir et urbanisme, Université de Liège, Faculté des Sciences Appliquées, 332p.

Ressources media relatives au quartier Saint-Léonard et au parc de la Chartreuse

Site internet du projet SUN : http://www.sun-euregio.eu/fr

Pages dédiées à la Chartreuse : http://www.liege.be/environnement/la-chartreuse

Film retraçant le processus du projet SUN à Saint-Léonard

 

Film sur le processus d’aménagement du parc de la Chartreuse

 

Aménagement du site de la Confluence à Namur

Michel Jehaes, Chef du Département des Voies Publiques de la ville de Namur, nous présentera le projet d’aménagement du site de la Confluence à Namur, le mercredi 25/10 à 17h30, dans les Amphis Opéra (Salle Thiry).

La Confluence de la Meuse et de la Sambre est le lieu de nombreux enjeux urbains au vu son implantation stratégique à Namur. Localisé entre la Citadelle et la vieille ville, le site a été marqué par une série d’interventions et est porteur d’une dynamique intrinsèque d’évolution.

La tentative avortée d’installation du Parlement wallon, il y a plus de vingt ans, a marqué et mobilisé les esprits namurois. La ville de Namur a décidé en 2015 d’organiser un concours d’architecture et de travaux sur le principe d’un marché Concept & Build. Le jury international chargé d’analyser et choisir le projet lauréat parmi les trois candidats finalistes était présidé par l’urbaniste Marcel Smets.

Le projet actuel compose avec ce passé, la population et les contraintes du lieu pour proposer un ensemble de nouvelles fonctions urbaines, pensées aux différentes échelles de la ville. Financé par des fonds FEDER, le projet propose une conception architecturale emblématique, à la fois ambitieuse et respectueuse du cadre bâti namurois.

Lieu : ULiège – Amphis Opéra, Salle Thiry
Place de la République Française 41, 4000 Liège
Entrée libre

Conférences Projet Urbain 2017-18/1

Cycle de conférences organisé par l’Université de Liège / Faculté des Sciences Appliquées & Faculté d’Architecture, la Haute Ecole Charlemagne, la Ville de Liège et le GRE – Liège. Programme 2017-2018 (1/2)

Andenne: “Quartier nouveau du site d’Anton” • 18.10.2017 / 17h30
Alexandre Colot, Responsable Aménagement du Territoire au BEP à Namur

Ce projet d’urbanisation, dont la candidature a été retenue dans le cadre de l’appel à projet «Quartiers nouveaux » lancé par la Région wallonne en 2015, concerne la mutation de plus de 49 hectares en rive droite de la Meuse à Andenne. Ce nouveau pan de ville prévoit une mixité fonctionnelle avec1600 logements, des activités tertiaires, un centre de recherche, un incabuteur d’entreprises, etc. Ce projet intègre le développement d’agriculture urbaine ainsi que l’aménagement de potagers et de vergers. Il vise en outre à la création d’un parc écologique au niveau de la zone humide existante.

Namur: “Quartier de la confluence” • 25.10.2017 / 17h30
Michel Jehaes, Ville de Namur, Chef du Département des Voies Publiques

La zone de la confluence de la Meuse et de la Sambre est au cœur de nombreux enjeux au vu son implantation stratégique à Namur. Le site est conditionné par de nombreuses strates historiques d’interventions et porteur d’une dynamique intrinsèque d’évolution. La tentative avortée d’installation du Parlement wallon, il y a plus de vingt ans, a marqué et mobilisé les esprits namurois. Dans ce contexte, le projet actuel compose avec ce passé, la population et les contraintes des lieux pour proposer à la fois un ensemble de nouvelles fonctions urbaines nécessaires à différentes échelles et une conception architecturale emblématique.

La “Ceinture aliment-terre liègeoise” • 15.11.2017 / 17h30
Christian Jonet, “Ceinture aliment-terre liégeoise”

Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une réflexion globale menée sur les « villes en transition » à Liège et alentour depuis plusieurs années. Ce projet est conçu comme un maillon au sein d’une chaîne d’actions et de projets de transition portés et mis en œuvre par des citoyens. Cette dynamique territoriale sert plusieurs objectifs dont notamment, le fait de viser une souveraineté alimentaire locale, de développer les circuits courts alimentaires, d’aider à la remise au travail de personnes en développant une économie locale, de repenser un modèle d’agriculture et d’élevage soutenable, de mobiliser les citoyens et acteurs locaux dans un projet collectif et participatif.

Plan CATCH pour la reconversion de Caterpillar • 29.11.2017 / 17h30
Thomas Dermine, Consultant en charge de la relance économique du bassin carolorégien
Benoît Moritz, Architecte & Urbaniste, Associé du bureau MSA

Après de nombreux soubresauts économiques et sociaux au cours du temps, Caterpillar a annoncé en septembre 2016 la fin de ses activités sur le site de Gosselies, entraînant la perte de plus de deux milles emplois directs. Au printemps 2017, au terme de longues négociations, Caterpillar a annoncé que le site de Gosselies, totalisant plus de nonante hectares, sera cédé pour l’Euro symbolique à la Région wallonne. Implanté au sein de l’aéropôle de Charleroi, ce site représente un fort potentiel de reconversion économique grâce à sa localisation le long de grands axes autoroutiers et de l’aéroport de Brussels South. Le plan CatCh (CATalyst 4 Charleroi), envisage de manière large le redéploiement du plateau nord de Charleroi.

Dynamiques de projets à Liège • 06.12.2017 / 17h30
Willy Demeyer, Bourgmestre de Liège

De nombreux projets urbains sont sortis de terre ou sont en cours à Liège. Ils s’inscrivent dans la dynamique du Projet de Ville 2012-2022. La conférence sera l’occasion de faire le point sur la situation actuelle et future de la ville avant de faire un focus sur le projet emblématique de l’Ecoquartier de Coronmeuse au Nord-Est de Liège.

Lieu: ULiège – Amphis Opéra, Salle Thiry
Place de la République Française 41, 4000 Liège
Entrée libre

 

Un quartier nouveau à Andenne

Alexandre Colot, Responsable Aménagement du territoire au BEP à Namur, nous présentera le Quartier nouveau du site d’Anton (Andenne), le mercredi 18/10 à 17h30, dans les Amphis Opéra (Salle Thiry).

Le projet d’urbanisme du site d’Anton est un des 14 projets retenus dans le cadre de l’appel à projet «Quartiers nouveaux » lancé par la Région wallonne en 2015. Le projet, développé à l’initiative de la commune d’Andenne avec le soutien du BEP, s’appuie sur une politique volontariste de portage foncier (acquisition de terrains) menée de longue date par les autorités communales.

Il est axé sur de développement d’un quartier mixte comprenant 1.600 logements, des activités tertiaires, un centre de recherche, des espaces de coworking, un centre de distribution et un incabuteur d’entreprises. Il intègre le développement de l’agriculture urbaine à travers l’aménagement de potagers et de vergers. Il vise, enfin, la création d’un parc écologique au niveau de la zone humide existante.

Lieu : ULiège – Amphis Opéra, Salle Thiry
Place de la République Française 41, 4000 Liège
Entrée libre

Modification de la règle du comblement : 8.000 hectares lâchés dans la nature ?

Des parlementaires wallons proposent de modifier la règle du comblement du CoDT afin d’étendre son champ d’application. Cette modification, assez technique, amènerait à relâcher plus de 8.000 hectares de terrains potentiellement urbanisables en Wallonie. Une telle politique ne peut que freiner le redéveloppement de la ville sur la ville. Elle induit une relance de l’urbanisation sans urbanisme, sans apporter de réponse aux vrais défis du territoire.

Origine et champ d’application de la règle du comblement

On parlait déjà de lutte contre la dispersion de l’habitat lors de l’adoption de la loi organique de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme en 1962. C’est notamment pour répondre à cet enjeu que cette loi devait proposer d’adopter des plans de secteur couvrant l’ensemble du territoire de la Belgique. La portée et la nature de ces plans de secteurs devaient ensuite être précisées par l’Arrêté royal de 1972, qui a défini les usages du sol autorisés dans chaque type de zone : habitat, agriculture, activité économiques etc.

L’Arrêté royal de 1972 prévoyait, en son article 23, une règle dérogatoire au plan de secteur. Cet article indiquait que, à titre exceptionnel, des constructions pouvaient être autorisées en dérogation au plan de secteur pour autant qu’elles soient localisées à l’intérieur d’un groupe d’habitations déjà construites lors de l’adoption du plan de secteur et situées du même côté d’une voie publique suffisamment équipée. La règle « du comblement » était née.

Cette règle a ensuite fait l’objet de plusieurs amendements, afin de définir plus précisément son champ d’application. Elle est transposée dans le CWATUP en 1984 (art. 188). Son champ d’application est précisé en 1984. Le code précise alors que cette règle ne s’applique qu’à des terrains situés entre deux habitations distantes de 100 mètres maximum (art. 112). Le CoDT, entré en vigueur en juin dernier, reprend cet article 112 moyennant quelques adaptations.

Désormais, en dehors des zones naturelles et des zones de parc, on peut déroger au plan de secteur lorsque :

  1. le terrain est situé entre deux habitations distantes l’une de l’autre de 100 mètres maximum;
  2. ce terrain et ces habitations sont situés à front et du même côté d’une voirie publique suffisamment équipée (eau, électricité, égouttage) et ne dépassant pas trois bandes de circulation ;
  3. le projet ne compromet pas l’aménagement de la zone.

On peut trouver deux motivations à cette règle du comblement.

Il s’agissait d’une part d’autoriser les constructions au sein de groupes d’habitations qui, en raison de leur taille modeste, ne devaient pas être reconnus comme des zones d’habitat au plan de secteur lors de l’adoption de ces derniers. Cette mesure, préventive, devait éviter un morcellement excessif de la zone d’habitat.

La règle du comblement permettait par ailleurs de valoriser l’usage des réseaux existants (eau, égouttage, électricité) dans des zones qui étaient déjà partiellement urbanisées avant l’adoption du plan de secteur. Cette démarche, qui peut paraître somme toute rationnelle, est un des facteurs qui, avec la délimitation même des zones d’habitat, allait contribuer à la production d’une urbanisation dite « en ruban ».

Une proposition de décret pour modifier la règle du comblement

Des parlementaires wallons envisagent aujourd’hui d’étendre le champ d’application de cette règle du comblement, à travers la proposition de décret du 13 avril 2017 [1]. Nous reprenons ici deux des principales modifications qu’ils proposent :

  • le comblement s’appliquerait désormais sur une distance de 200 mètres ;
  • cette distance s’appliquerait désormais quel que soit le côté de la voirie.

Les motivations invoquées par les porteurs de cette proposition de décret sont les suivantes.

« Dans la mesure où des voiries sont équipées en impétrants et qu’il est préférable d’urbaniser les ‘’dents creuses’’, la règle du comblement peut être un allié de choix afin d’éviter d’élargir l’urbanisation en dehors des centres existants. Cela évite également de construire de nouvelles voiries et d’équiper celles-ci vu que le comblement ne vise que les espaces situés entre deux biens situés sur une voirie déjà équipée. »

« Face à la crise du logement d’une part, et face à l’étalement urbain ‘’en ruban‘’, d’autre part, la règle dite du ‘’comblement‘’ – si elle est utilisée dans le seul but d’un remplissage des ‘’dents creuses‘’ – peut s’avérer très efficace sans devoir modifier le plan de secteur avec les conséquences administratives que l’on connaît en termes de lourdeurs administratives et de coûts y afférent. »

Le Conseil d’Etat a remis un avis par rapport à cette proposition de décret (avis 61.506/4). Le fait que cette disposition s’applique désormais des deux côtés de la voirie apparaît contradictoire, selon lui, avec le fait que le terrain doit être situé « entre » deux habitations. Le Conseil d’Etat considère par ailleurs qu’une telle proposition de décret devrait être soumise au préalable à évaluation environnementale (directive 2001/42/CE relative aux « Plans et Programmes »).

A côté de ces aspects juridiques, on peut s’interroger sur l’impact d’une telle mesure sur le territoire wallon. Nous avons ainsi calculé le potentiel d’urbanisation lié à trois scénarios :

  1. scénario 1 : la règle actuelle (100 m, d’un côté de la voirie) ;
  2. scénario 2 : extension de cette règle à 200m, mais toujours d’un seul côté de la voirie ;
  3. scénario 3 : extension à 200m quel que soit l’implantation des bâtiments par rapport à la voirie, à savoir le scénario envisagé par la proposition de décret du 13 avril 2017.

L’analyse repose sur le croisement de trois bases de données : le plan de secteur numérisé, le cadastre (caractérisation du bâti et délimitation des parcelles) et l’IGN vectoriel (tracé et caractérisation des voiries). Les parcelles susceptibles d’être affectées par ces trois scénarios ont alors pu être identifiées sur base d’un traitement par Système d’Information Géographique [2].

Résultats de l’analyse

Il ressort de cette analyse que la proposition de décret du 17 avril est susceptible d’élargir considérablement le champ d’application de la règle du comblement (table 1). On passe ainsi d’une superficie totale de 1.540 ha concernés par la règle de comblement dans sa formulation actuelle à 2.983 ha dans le scénario 2 et 8.386 ha dans le scénario 3.

Scénario 1
règle actuelle
Scénario 2
200m, un côté
Scénario 3
200m, deux côtés
Brabant Wallon 126 192 594
Hainaut 705 1.462 4.255
Liège 366 697 2.133
Luxembourg 118 228 664
Namur 224 404 741
Total Wallonie 1.540 2.983 8.386

Table 1 – Potentiel de comblement en valeur absolue (en hectares)

Les effets de cette proposition de décret seraient particulièrement marqués dans le Hainaut ainsi que le Nord-Est de la Province de Liège (carte 1). Ces deux espaces sont caractérisés par une urbanisation héritée assez diffuse, propice au renforcement de la règle du comblement. Ce n’est toutefois pas dans ces espaces que la rareté de terrains disponible est la plus marquée en Région wallonne. A titre de comparaison on voit que cette règle du comblement ne permettrait d’ouvrir que 594 ha en Brabant wallon là où la pression foncière est la plus forte.

Comblement_potentiels_compilés3b
Carte 1 – Localisation des effets des différents scénarios (en ha)

Comblement_potentiels_relatifs_DF3b
Carte 2 – Localisation des effets du scénario 3 par rapport à l’offre foncière disponible en zone d’habitat (en %)

A titre de comparaison, la superficie cumulée de l’ensemble des territoires repris en zone d’habitat et en zone d’habitat à caractère rural au Plan de Secteur en Wallonie est de 180.580 ha. Alors que le potentiel lié à la règle de comblement, dans sa formulation actuelle, ne représente que 0,9% de cette superficie, on passerait à 4,6% dans le scénario de la proposition de Décret en discussion. Cette augmentation de près de 5% de la zone d’habitat au plan de secteur se ferait cette fois sans compensation d’aucune sorte, alors que toute augmentation de la zone urbanisable liée à l’adoption d’un document d’aménagement du territoire doit, dans le cadre du CoDT, faire l’objet d’une compensation planologique et peut entrainer une taxe sur la plus-value foncière (Art.D.IV.48).

Comblement_avant_après

Carte 3 – Répartition des zones concernées par la règle de comblement entre scénario 1 (règle actuelle) et 3 (200 m des 2 côtés). Fenêtre de 5000×5000 m

On peut également comparer le potentiel lié au comblement à celui des terrains actuellement non bâtis au sein des zones d’habitat au plan de secteur (carte 3). On relève que cette proposition de Décret amène à augmenter de 2,7% l’offre foncière potentielle dans la situation actuelle à 14,6% suite à la mise en œuvre de cette proposition de décret. On constate par ailleurs que cette offre foncière additionnelle viendrait se déployer de manière extrêmement diffuse au sein des paysages existants (carte 3), contribuant par là même à une relance de l’étalement urbain.

Vers une relance de l’urbanisation sans urbanisme ?

Loin de contribuer au recentrage de l’urbanisation au sein des noyaux d’habitat, la proposition de décret s’inscrit dans une forme d’urbanisation indifférente au contexte et aux enjeux locaux. Il s’agit là d’un nouvel avatar de ce que Bénédicte Grosjean appelle l’« urbanisation sans urbanisme » [3], à savoir une colonisation progressive de l’espace périurbain et rural sans vision d’ensemble quant aux pôles à densifier/développer et leurs qualités spatiales attendues.

Face aux enjeux mis en avant par les promoteurs de cette proposition de Décret, à savoir lutter contre la crise du logement et limiter l’étalement urbain, la priorité est bien davantage de mettre en œuvre les outils prévus par le CoDT, comme la zone d’enjeu communal (ZEC). Cet outil devrait permettre de cibler des zones spécifiques où le comblement est éventuellement souhaitable et de rencontrer le problème des dents creuses. Rappelons qu’une des motivations sous-jacentes au basculement depuis le CWATUP vers le CoDT était de réduire les délais de procédure et d’accélérer les décisions en matière d’aménagement du territoire.

Nous avons mis en évidence à travers nos traitements cartographiques que la proposition de décret est susceptible de relancer une urbanisation diffuse du territoire.

Une telle offre foncière additionnelle viendrait à nouveau freiner la reconstruction de la ville sur la ville. Une trop grande disponibilité de terrains urbanisables, localisés en périphérie, pénalise le recyclage urbain et l’urbanisation de terrains plus centraux, dont la mise en œuvre est parfois plus complexe (procédures plus longues, voisinage, pollution des sols etc.). Les pôles urbains les plus fortement impactés par cette politique seraient sans doute ceux qui sont situés à l’extrême Ouest (Mouscron, Tournai, Mons) et Est de la Wallonie (Verviers en particulier).

Une urbanisation diffuse du territoire nie également les valeurs du paysage périurbain et rural. Tantôt elle se déploie le long de voiries très visibles dans les espaces ouverts, tantôt elle autorise une privatisation larvée du paysage par construction et obstruction des vues le long de voies qui offraient jusque-là des échappées visuelles vers ces mêmes espaces ouverts. Ces deux phénomènes se conjuguent bien souvent et contribuent à dénaturer de nombreux abords de noyaux périurbains et ruraux. Cette politique est susceptible d’induire une dégradation sensible des paysages du Pays de Herve et du Plateau limoneux hennuyer.

Enfin, nous faisons l’hypothèse que de nombreux terrains visés par cette modification de la règle du comblement sont aujourd’hui occupés par des prairies. L’impact sur la biodiversité d’une telle mesure mériterait en tout état de cause d’être analysé en profondeur. De façon générale, il nous parait essentiel de soumettre une politique telle que visée par cette proposition de Décret à une évaluation d’impact qui considère à la fois les dimensions paysagères, eco-systémiques et urbaines de la question.

Notes

[1] L’ensemble des documents et des travaux parlementaires relatifs à cette proposition de décret sont disponibles sur le site suivant : https://www.parlement-wallonie.be/pwpages?p=doc-recherche-det&id_doc=78117

[2] Ce traitement numérique s’est fait en quatre étapes : (1) identification des «habitations» au sein du bâti (sur base du cadastre) ; (2) création de zones éligibles aux abords des voiries (IGN + plan de secteur + cadastre); (3) analyse de la proximité entre les habitations (cadastre) ; (4) sélection des parcelles non bâties entre habitations proches (en considérant les périmètres de protection du CoDT).

[3] Grosjean B. (2010), Urbanisation sans urbanisme. Une histoire de la « ville diffuse », Mardaga.