Densification versus extension de l’urbanisation en Wallonie

Je vous invite à participer à une présentation des travaux réalisés par notre équipe, le 28 mars prochain de 10h à 12h30 à l’IWEPS, intitulée :

« Densification versus extension : modélisation de deux scénarios d’urbanisation à l’horizon 2050 dans la perspective du stop béton en Wallonie »

Les données cadastrales pour 1990, 2000 et 2010 ont été utilisées afin de calibrer et valider des modèles d’expansion urbaine basés sur une combinaison d’automates cellulaires et de modèles à agents. Ces modèles permettent d’anticiper l’artificialisation du sol à l’horizon 2050. Les valeurs dérivées de la calibration et de la validation nous renseignent sur les dynamiques passées. Ces données de calibration sont ensuite utilisées pour les projections futures. L’originalité du travail réalisé tient dans le modèle développé, qui permet de modéliser différents niveaux de densité et les transitions entre ces niveaux de densité, alors que la plupart des modèles courants adoptent une approche binaire de l’urbanisation (construit versus non-construit). Le modèle développé au sein du LEMA couvre l’ensemble du territoire de la Wallonie.

La présentation se fera en français. Les slides seront en anglais.

Lieu et horaire : IWEPS, Route de Louvain-la-Neuve 2, 5001 Namur (Belgrade), salle C09, le mercredi 28 mars 2018 de 10h à 12h30.

L’inscription est gratuite mais obligatoire à l’adresse m.janssens@iweps.be jusqu’au 23 mars 2018 au plus tard en mentionnant votre NOM, PRENOM, ORGANISME.

Quelques articles de référence :

El Saeid Mustafa, A. M., Heppenstall, A., Omrani, H., Saadi, I., Cools, M., & Teller, J. (2018). Modelling built-up expansion and densification with multinomial logistic regression, cellular automata and genetic algorithm. Computers, Environment and Urban Systems, 67, 147-156.
http://hdl.handle.net/2268/215639

El Saeid Mustafa, A. M., Saadi, I., Cools, M., & Teller, J. (2018). Understanding urban development types and drivers in Wallonia. A multi-density approach. International Journal of Business Intelligence and Data Mining, 13(Nos. 1/2/3), 309–330.
http://hdl.handle.net/2268/215423

Mustafa, A. M. E. S., Van Rompaey, A., Cools, M., Saadi, I., & Teller, J. (2018). Addressing the determinants of built-up expansion and densification processes at the regional scale. Urban Studies.
http://hdl.handle.net/2268/216594

El Saeid Mustafa, A. M., Cools, M., Saadi, I., & Teller, J. (2017). Coupling agent-based, cellular automata and logistic regression into a hybrid urban expansion model (HUEM). Land Use Policy, 69C, 529-540.
http://hdl.handle.net/2268/215176

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Conférences Projet Urbain 2017-18/2

Cycle de conférences organisé par l’Université de Liège / Faculté des Sciences Appliquées – Faculté d’Architecture, la Haute Ecole Charlemagne, la Ville de Liège et le GRE – Liège. Programme 2017-2018 (2/2)

La ville autrement, l’urbanisme temporaire à Paris • 07.03.2018 / 17h30
Emilie Moreau, Atelier Parisien d’Urbanisme

La révolution numérique et l’essor de l’engagement citoyen ont induit l’émergence de nouveaux modes d’action dans la ville. La puissance publique est ainsi amenée à développer des outils renouvelant la participation citoyenne dans le cadre de nouvelles formes d’engagement, centrées sur des usages temporaires et éphémères de la ville. Des collectifs s’organisent pour occuper des espaces vacants, ce qui contribue à révéler le potentiel de ces lieux à travers de nouveaux usages, parfois imprévus. Cette présentation sera l’occasion de faire le point sur les initiatives d’urbanisme temporaire développées au sein de la Métropole du Grand Paris ces dernières années, tel que le projet emblématique de l’ancien site de l’Hôpital Saint-Vincent de Paul.

Le téléphérique urbain de Toulouse • 14.03.2018 / 17h30
Cyril Ladier, responsable du projet auprès de Tisséo

Toulouse, cinquième métropole de France doit gérer la mobilité au sein de son territoire. Les transports en communs offrent déjà une série de solutions classiques, tels que métro, bus à haut niveau de service, tram, etc. Pour compléter les réseaux structurants existants, le choix du téléphérique urbain s’est imposé afin de relier trois pôles importants en s’affranchissant des difficultés du relief local présentant un dénivelé de plus de cent mètres sur une distance de trois kilomètres. Le téléphérique pourra transporter plus de 1.500 personnes par heure et par sens pour un coût d’investissement inférieur à celui d’un tram ou d’un métro et pour un coût d’exploitation inférieur à celui d’une ligne de bus.

Mise en place de “Contrats Ecole” à Bruxelles • 28.03.2018 / 17h30
Valeria Cartes Leal, Perspective Brussels

Suite à l’expérience pilote menée au sein de 4 écoles bruxelloises en 2017, le Contrat École est un nouveau programme régional de rénovation urbaine, approuvé par le Gouvernement régional bruxellois le 23 novembre 2017. Un Contrat École a pour objectif d’intégrer au mieux une école dans son environnement et son quartier, par des aménagements du site scolaire et de son périmètre avoisinant. Il s’agit d’un partenariat conclu entre la Région de Bruxelles-Capitale, l’école concernée, son pouvoir organisateur et la commune où elle est implantée. Il implique également les associations de quartier, les habitants, les usagers de l’établissement scolaire et les gestionnaires d’équipements collectifs.

Le genre, une compétence intégrée dans les projets urbains • 25.04.2018 / 17h30
Pascale Lapalud, urbaniste, co-fondatrice de la plateforme d’innovation urbaine Genre et Ville. Cette intervention s’incrit dans le cadre de la semaine « Avril en Ville ».

Si les gender studies entrent timidement dans les études d’urbanisme et d’architecture, la place des femmes dans l’espace public reste un enjeu critique dans nos sociétés. Parler de genre et de villes, c’est comprendre les liens entre un système sociétal de domination et la production d’espaces urbains. Les questions de genre s’intègrent désormais dans les politiques publiques un peu partout, que ce soit dans les petites villes ou les métropoles. La Ville de Paris a choisi une démarche expérimentale pour rénover sept de ses grandes places. La place du Panthéon, emblématique par son monument, n’était qu’un parking. Aujourd’hui des femmes y flânent et s’y reposent. Comment s’opère cette fabrique ?

Centième Conférence Projet Urbain • 16.05.2018 / 17h30
Paola Vigano, Architecte et Urbaniste, Professeur à l’EPFL (Lausanne – Suisse)

Paola Vigano a fondé avec Bernardo Secchi en 1990, une agence d’architecture et d’urbanisme internationalement reconnue. Elle a eu l’occasion d’intervenir à plusieurs reprises en Belgique. Elle a enseigné dans plusieurs universités en Europe. En 2013, elle a été la première femme à recevoir le « Grand Prix de l’Urbanisme » en France. La qualité de sa production tant intellectuelle que professionnelle en fait une figure incontournable dans le monde de l’architecture et de l’urbanisme. A l’occasion de la Centième Conférence Projet Urbain, la venue de Paola Vigano, sera l’occasion de mettre en exergue les multiples dimensions d’une intervention urbaine, consiodérant son rapport au territoire et à la société.

Lieu: ULiège – Amphis Opéra, Salle Bovy
Place de la République Française 41, 4000 Liège
Entrée libre

 

Cinq projets pour le Grand Verviers

J’ai présenté les projets des étudiants Ingénieurs civils architectes réalisés dans le cadre de l’atelier « Projets urbains » de Master 2 dans le cadre des cours ouverts organisés par l’ULiège à Verviers.

Vous pouvez charger les documents via le lien suivant : Verviers MasterPlan.

Ces cours se base sur une pédagogie par la commande, qui repose sur une étroite collaboration avec les autorités locales, ici les communes de Verviers, Dison, Theux, Limbourg, Pepinster, réunies dans la Task Force Vesdre animée par le GRE Liège.

Nous sommes bien entendu à votre disposition pour commenter/présenter les travaux des étudiants

Un enjeu : le recyclage urbain

Du fait du contexte particulier des territoires impactés par le déclin industriel au sein des vallées de la Vesdre et de la Hoëgne, la thématique sous-jacente commune aux différents sites retenus concernait le « recyclage urbain » en vue de dégager de nouvelles pistes de développement pour l’avenir.

Les interventions proposées devaient s’appuyer sur les dynamiques territoriales en présence. Elles visaient à répondre aux enjeux actuels et des évolutions à venir de la ville, dans une démarche prospective des nouveaux usages urbains en considérant le contexte socio- économique spécifique de la région verviétoise.

Le déclin industriel de la vallée de la Vesdre

La vallée de la Vesdre et de ses affluents ont été le théâtre de développements industriels et urbains importants aux 19° et 20° siècles. Ces cours d’eau, à la fois source de force motrice et source d’eau de grande qualité pour le traitement des textiles, ont nourri et soutenu le secteur industriel lainier, portant la réputation de cette région à un niveau mondial dans l’immédiate après-guerre.

Par la suite, le déclin s’est imposé en raison de coûts de production non concurrentiels renforcés par le remplacement de l’économie de production par celle de la finance à partir des années septante. Ce changement de doctrine économique a par ailleurs conduit au niveau européen à délocaliser massivement les productions industrielles lourdes et impactantes en termes d’environnement vers des pays moins exigeants (au niveau environnemental, de la protection des ouvriers, etc.) et offrant des coûts de production inférieurs.

Depuis les années quatre-vingt, Verviers et sa région ne se sont pas remises de ce choc de désindustrialisation. Si les communes satellites ont été moins impactées, car présentant moins d’activités industrielles, Verviers et Dison subissent encore les conséquences de la mutation économique et de l’éloignement des grands centres de décision. Les territoires des communes concernées conservent en leur sein de nombreuses anciennes usines dont une partie des bâtiments restent à l’état de friches, renforçant ainsi le sentiment d’abandon perçu par de nombreux habitants.

Pour Verviers et Dison, en plus de l’impact des anciens sites industriels, le territoire a été perturbé en profondeur par la construction de voies de communication (autoroute, ring, trémie, percée, etc.) à la fin des années septante et début quatre-vingt qui a nécessité la destruction de quartiers en tout ou en partie. Des ruptures territoriales ont été ainsi imposées à un tissu urbain déjà fragilisé.

Une offre commerciale en voie d’évaporation…

A ces ruptures territoriales, viennent se greffer des modifications dans les modes de consommation qui ont des impacts au niveau du territoire. Les modes de consommation ont évolué avec le déclin des petites unités de commerces au profit d’un regroupement et d’une massification des espaces de ventes. Nombreuses grandes surfaces créées en périphérie avec dans leur sillage pléthore de boutiques ont « siphonné » la clientèle des petites unités, réduisant au fur et à mesure du temps l’étendue et l’attrait des anciennes artères commerçantes à un hyper centre.

La ville de Verviers a répondu relativement tardivement à cette dynamique de mutation commerciale, laissant s’échapper une partie de ses surfaces de vente, et, par-là, de sa zone de chalandise, vers l’agglomération liégeoise et le plateau de Herve, notamment.

Ce phénomène s’est encore accentué avec le projet de l’Outlet Mall sur le site de l’ancienne gare de l’Ouest, devenu le site Crescendo, avec florès de grandes surfaces attractives regroupées autour d’un vaste parking, localisé à proximité de sorties d’autoroute. Ce développement commercial pourtant proche du centre-ville, a de manière induite détourné les chalands des artères commerciales du cœur de ville, renforçant en cela le sentiment de « désertion » du centre. Ce phénomène s’est traduit par la multiplication de cellules vides. Un cercle vicieux s’est ainsi installé, où le nombre réduit de chalands induit une réduction de commerces qui induit à son tour la réduction de chalands… Signalons, enfin, que les aléas de concrétisation du projet de grand centre commercial en bord de Vesdre, annoncé depuis plus dix ans et maintes fois reporté, est venu encore aggraver cette instabilité commerciale locale.

Des défis liés à la multi-culturalité

Plus récemment, la région verviétoise a été touchée par le démantèlement d’une cellule terroriste d’origine bruxelloise qui s’y était installée. La stigmatisation médiatique qui s’en est suivie est venue alimenter les crispations au sein de la société, avec le renforcement de clivages socio-culturels pré-existants.

Rappelons à cet égard que de par son passé industriel et sa grande proximité avec les frontières, Verviers a toujours été une terre d’accueil pour les populations d’origine étrangère. Allemands, hollandais, polonais, italiens, espagnols, maghrébins, turcs, etc. ont fourni une main d’œuvre utile pendant des décennies, avec pour particularité que les primo-arrivants se regroupaient, généralement au niveau du quartier de Hodimont, avant de partir s’installer ailleurs sur le territoire.

Verviers totalise aujourd’hui plus de 120 nationalités différentes sur son territoire. Cette diversité culturelle peut être vue comme une des richesses de la ville, pour autant que celle- ci puisse s’exprimer dans un cadre intégrateur. Le rôle du centre-ville et du patrimoine local, en particulier industriel, ont de ce point de vue un rôle important à jouer. Verviers et sa région doivent en effet recomposer leur avenir en se reconstituant sur les bases d’un passé jadis florissant, en articulant les différentes couches et origines de la société entre elles pour générer un « nouveau récit » mobilisateur et intégrateur, à l’image d’autres villes post- industrielles.

Acupuncture plutôt que thérapie lourde

Différentes stratégies de régénération urbaine ont vu le jour ces dernières années dans les territoires post-industriels tels que la région verviétoise. On a vu ainsi des villes miser sur des attracteurs culturels majeurs (Bilbao, Lens, Metz), sur une reconversion profonde du centre- ville aux fins d’attirer des acteurs économiques (Sheffield), sur la mobilisation de l’économie créative (Nantes, Porto) ou encore sur la revalorisation du patrimoine industriel (Emsher, Turin).

La démarche qui sera adoptée à Verviers est encore au stade de l’ébauche. On peut néanmoins affirmer dès à présent qu’elle devrait reposer sur une forme d’acupuncture urbaine, inspirée en cela des propositions de Marco Casagrande. La disproportion entre enjeux en présence et moyens disponibles pour la rénovation urbaine est en effet criante encore. L’urbanisme tactique est sans doute la seule modalité d’action susceptible de répondre à ce hiatus.

Il s’agit dans cet esprit d’équilibrer les interventions entre centre et périphérie, sachant que la périphérie verviétoise et sa nébuleuse de villages reste attractive pour les jeunes ménages. Il s’agit là d’un atout à ne pas sous-estimer. Dans le même temps, une ville sans centre urbain actif ne peut conduire qu’à un renforcement des clivages sociaux et culturels, les habitants de la ville n’ayant plus de lieux communs et donc d’expériences à partager.

Vers un cadre négocié à l’échelle de la région urbaine

L’idée germe depuis plusieurs années au sein de la région verviétoise que l’avenir de la ville devra passer par la mise en place d’un cadre négocié, qui articule un certain nombre d’interventions dans le temps et dans l’espace au sein des cinq communes de la région urbaine. La mobilisation de ce potentiel de reconversion fait explicitement partie des ambitions de la Task Force pilotée par le GRE. Son objectif est d’élaborer un Master Plan pour la reconversion du territoire de la vallée de la Vesdre, à l’instar du Master Plan de Seraing réalisé voici une dizaine d’années.

Le plan CATCH pour la reconversion du site de Caterpillar

Thomas Dermine, Consultant en charge de la relance économique du bassin carolorégie et Benoît Moritz, Architecte & Urbaniste, Associé du bureau MSA nous présenteront le plan Catch pour la reconversion du site de Caterpillar à Charleroi, le mercredi 29/11 à 17h30, dans les Amphis Opéra (Salle Thiry).

Caterpillar annonçait en septembre 2016 la fin de ses activités sur le site de Gosselies. Cette décision devait entraîner la perte de plus de 3.000 emplois (directs et sous-traitants). Ce n’est qu’au terme de longues négociations que Caterpillar a accepté que le site de Gosselies, totalisant plus de nonante hectares, soit cédé pour l’Euro symbolique à la Région Wallonne. C’est que ce site se caractérise par un potentiel de reconversion économique assez unique à l’échelle de la Wallonie, en raison de sa taille et de sa localisation exceptionnelle, le long de grands axes autoroutiers et de l’aéroport de Brussels South.

Un Groupe d’Experts, sous la présidence de Jean-Pierre Hansen, a été mandaté par le Gouvernement Wallon pour définir des axes d’accélération de la croissance de l’emploi dans la Région de Charleroi au départ du Plateau Nord de Gosselies. Une douzaine de chefs d’entreprises ont ainsi travaillé de novembre 2016 à mai 2017 avec IGRETEC et le Comité de Développement Stratégique de Charleroi Métropole pour arrêter les termes d’un plan ambitieux, visant le court et le moyen terme. D’ici 2025, l’ambition du plan CATCH est que la région compte entre 133 et 137 000 emplois, ce qui correspondrait à un taux de croissance annuel moyen de 0.8 à 0.9% entre aujourd’hui et 2025, en ligne avec l’évolution prévue de l’emploi wallon.

Il résulte de ce travail un plan d’accélération baptisé Catalysts for Charleroi – CATCH en abrégé. Quatre secteurs décisifs pour le futur, charbon du Charleroi de demain ont été identifiés dans le cadre du plan : 1. L’industrie manufacturière de pointe, 2. Les transports et la logistique, 3. Les industries du vivant, 4. Les secteurs à la croisée du créatif et du digital.

Au delà de ces priorités en matière de développement économique, le plan CATCH repose sur l’affirmation de l’importance de la qualité urbaine pour remailler la zone nord de Charleroi. Il s’agit ainsi de transformer l’Aéropôle en un cadre de travail connecté et de qualité en misant sur une requalification des espaces publics, de manière à favoriser un urbanisme de proximité favorisant les échanges entre entreprises et travailleurs (logique des clusters).

Cette manière de concevoir l’urbanisme, combinant temps court et temps long des interventions, associant aménagement du territoire et pilotage économique, intégrant des écosystèmes industriels de nature différentes (manufacturières, logistiques et digitales), nous paraît exemplaire d’une nouvelle manière de faire la ville.

Ceinture Aliment-Terre Liégeoise

Christian Jonet nous présentera le projet de la Ceinture Aliment-Terre liégeoise, le mercredi 15/11 à 17h30, dans les Amphis Opéra (Salle Thiry). Soutenir les circuits courts alimentaires, c’est une manière de lutter contre l’étalement urbain et de promouvoir un développement territorial plus durable.

Le projet de la Ceinture Aliment-Terre liégeoise s’inscrit dans le cadre du mouvement international des « villes en transition ». La relocalisation de la production agricole y apparaît comme un moyen pour transformer la ville et son rapport à la périphérie, à travers des projets de maraichage et d’agriculture locale portés par des petits producteurs, des collectifs d’habitants et la chaine de distribution locale de produits alimentaires.

Cette dynamique territoriale sert plusieurs objectifs dont notamment, le fait de viser une souveraineté alimentaire locale, de développer les circuits courts alimentaires, d’aider à la remise au travail de personnes en développant une économie locale, de repenser un modèle d’agriculture et d’élevage soutenable, de mobiliser les citoyens et acteurs locaux dans un projet collectif et participatif.

Le développement d’une agriculture urbaine et rurale locale a été récemment intégrée dans le Schéma de développement territorial de Liège Métropole (présenté le 13/09/2017 aux élus de l’arrondissement).

Ce Schéma de développement territorial se structure autour de 11 enjeux et de 4 grandes ambitions territoriales. L’une de celles-ci n’est autre que le développement de l’agriculture alternative et des circuits-couts alimentaires, avec la mobilisation progressive de 100 ha/an pour le développement de ce type d’agriculture et le développement de nouveaux emplois dans le secteur, en phase avec les objectifs de la Ceinture Aliment-Terre liégeoise.

Rappelons ici que l’agriculture a un rôle à jouer dans la lutte contre l’étalement urbain à travers la viabilisation de terres agricoles localisées au sein de la ville ainsi que dans sa périphérie. Elle apparaît à ce titre comme un levier d’un projet urbain plus durable et plus solidaire pour la ville.

 

L’eau en ville : un matériau pour les urbanistes

J’ai donné ce lundi 6 novembre une conférence sur l’eau en ville. Cette conférence était organisée dans le cadre du module développement territorial « Grand Verviers » mis en place par l’Espace Universitaire de l’ULiège.

J’ai parlé de Bordeaux, bien sûr, mais aussi Liège, Namur, Bruxelles, Nimègue, Hanovre. En essayant de mettre en évidence les défis sociaux, écologiques et paysagers liés au « retour l’eau en ville », après deux siècles d’enfouissements et d’invisibilisation de cette ressource paysagère, environnementale et sociale.

Ma présentation est disponible via ce lien. Beaucoup d’images, peu de texte sur les transparents…

L’urbanisme tactique : une autre manière de faire la ville…

Le succès actuel de l’urbanisme tactique est lié à l’essoufflement du modèle du Master Plan, trop souvent associé à des travaux infrastructurels lourds et couteux. L’urbanisme tactique se focalise, lui, sur des interventions ponctuelles et réversibles en milieu urbain. Il s’appuie sur les réseaux sociaux et culturels existants pour « réenchanter la ville » et contribuer à une forme d’empowerment des habitants. Nous plaidons pour un recours à ce modèle d’urbanisme tactique dans le cadre des interventions dans les quartiers en difficulté.

La fin du Master Plan ?

Le Master Plan est un outil d’urbanisme lié à la transposition des démarches de planification stratégique depuis le domaine de l’entreprise vers celui de la ville et de l’urbanisme. Les Master Plans reposent sur la coordination d’un grand nombre d’acteurs, publics et privés, qui s’associent afin de transformer en profondeur les structures spatiales d’une partie de la ville. De nature non réglementaire et indicative, on va les voir fleurir dans l’Europe entière dans le cadre d’une série de programmes de régénération urbaine dans des espaces marqués par la désindustrialisation.

A titre d’illustration, on remarquera qu’un Master Plan très ambitieux a été mis en œuvre, chez nous, dans la commune de Seraing, de manière à accompagner la transformation de la ville liée à la fermeture de la phase à chaud. Il reposait sur une collaboration étroite entre responsables de la ville de Seraing, qui souhaitaient par là reprendre en main l’avenir de leur territoire, et les « grands acteurs » métropolitains et régionaux (SPW Route, SRWT, administration régionale de l’urbanisme, SPI etc.) ainsi que des acteurs privés (en particulier Arcelor qui souhaitait conserver la maîtrise foncière de ses terrains).

Ce modèle transnational du Master Plan apparaît aujourd’hui remis en question.

Un premier motif d’interrogation est lié à la baisse structurelle de moyens publics pour financer de tels programmes de régénération urbaine. On a pu par ailleurs reprocher aux Master Plans une forme de standardisation et de reproduction de mêmes recettes dans des contextes urbains très différents, avec des résultats parfois décevants. On constate par ailleurs que ces démarches de Master Plan tendent à ignorer une série de demandes citoyennes et ce même lorsque des dispositifs de participation sont mis en œuvre pour accompagner la démarche de réflexion.

Plus fondamentalement, le Master Plan se concentre largement sur des investissements dans les composantes physiques et matérielles de la ville – infrastructures de communication, équipements culturels phares, nouveaux quartiers –, avec souvent la désagréable surprise que la dynamique urbaine ne prend pas et que ces « beaux objets urbains » se dégradent après quelques années. Ceci est lié au fait que ce mode d’intervention mise essentiellement sur les composantes « hardware » de la ville. Il oublie l’importance du substrat social et culturel de nos espaces de vie, le « software » de la ville, qui joue un rôle de premier plan dans les dynamiques de régénération urbaine. Or ce substrat social et culturel joue un rôle fondamental en matière d’intégration sociale et d’émancipation individuelle.

Le Master Plan se trouve ainsi régulièrement en décalage par rapport à l’ensemble des initiatives spontanées liées au champ de l’économie collaborative, qui reposent sur des dynamiques horizontales entre usagers de services urbains (peer-to-peer).

L’urbanisme tactique : un mouvement issu de pratiques contestataires

Douay et Prévot définissent de la sorte l’urbanisme tactique : « l’urbanisme tactique propose à tout citoyen d’agir matériellement sur son environnement urbain immédiat et quotidien afin de le rendre plus agréable à vivre, et ce sans attendre que les autorités/acteurs en charge de l’aménagement et de l’urbanisme répondent à ses aspirations. » (Douay et Prévot, 2016)

A l’origine, cette manière de faire la ville repose explicitement sur une approche contestataire de l’urbanisme. On retrouve dans la boîte à outils de l’urbanisme tactique des pratiques telles que le « guérilla gardening », « faire sauter l’asphalte » ou encore de « chair bombing »… Ces pratiques s’inscrivent assez naturellement dans la foulée des approches situationnistes.

On peut se référer à cet égard aux écrits de Michel de Certeau pour qui « les tactiques sont des procédures qui valent par la pertinence qu’elles donnent au temps – aux circonstances que l’instant précis d’une intervention transforme en situation favorable, à la rapidité de mouvements qui changent l’organisation de l’espace, aux relations entre moments successifs d’un “coup”, aux croisements possibles de durées et de rythmes hétérogènes » (de Certeau, 1990). On voit ici l’importance donnée au temps court, au caractère non linéaire et pour partie imprévisible de la fabrique de la ville.

Cette forme d’urbanisme se développe à contrepied des discours dominants, de l’entrepreneurialisme et du marketing territorial. Il s’appuie sur des démarches ascendantes, communautaires et ponctuelles menées dans un esprit « do it yourself », pour agir sur le mode de l’acupuncture urbaine. Le choix des lieux et de la rapidité des interventions sont ici des paramètres fondamentaux.

L’urbanisme tactique repose ainsi sur trois basculements fondamentaux. Il privilégie (i) le détournement plutôt que l’alignement, (ii) la réversibilité et le provisoire plutôt que l’irréversibilité et (iii) l’expérimentation plutôt que la planification.

Intervention dans les quartiers en difficulté

Cette autre manière de faire la ville trouve un terrain d’application favorable dans les quartiers en difficulté. On sait en effet le manque de moyens auquel la politique de la ville et des quartiers est aujourd’hui confrontée. C’est tout particulièrement le cas en Wallonie, où les budgets alloués aux politiques de rénovation et de revitalisation urbaine n’ont cessé de baisser depuis 2008 (figure 1).

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Figure 1 – Evolution des budgets de crédits classiques (hors financements Feder) alloués à la rénovation (en bleu) et à la revitalisation urbaine (en orange) en Wallonie

Qui plus est l’effet d’entraînement attendu des politiques de rénovation urbaine, à savoir le fait de stimuler les investissements privés dans la foulée des investissements publics, se voit aujourd’hui profondément remis en question. On se heurte dans les quartiers en difficulté à un certain nombre de verrous (manque d’intérêt des propriétaires bailleurs, taux de rotation des habitants, déclin structurel de l’activité commerciale, difficultés d’intervention de la puissance publique face au morcellement de la propriété privée) qui limitent fortement les effets d’entraînement attendus.

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Figure 2 – Cartographie de l’indice synthétique de difficulté en Wallonie (à l’échelle des secteurs statistiques) élaborée par la CPDT (Bianchet et al., 2016)

Par ailleurs, le risque de gentrification amène à considérer de tels effets d’entraînement avec prudence. Convenons néanmoins que ce risque reste assez hypothétique en Wallonie. La figure 2 propose une cartographie des quartiers en difficulté en Wallonie sur base de données récentes (2015). La méthodologie adoptée par la CPDT repose sur l’intégration de 20 variables, à l’instar de ce qui avait été proposé lors de la réalisation de l’atlas « Dynamique des quartiers en difficulté dans les régions urbaines belges » (Grippa et al, 2015). Il ressort de cette cartographie que les quartiers les plus fragiles restent fortement concentrés dans les zones urbaines du sillon industriel, qui restent peu attractives pour une part substantielle des classes moyennes et aisées.

Des expériences à Liège dans le cadre des projets Interreg SUN et VALUE Added

Ces différents facteurs expliquent très logiquement l’intérêt porté par les acteurs de la ville pour des modes d’action alternatifs dans ces quartiers. C’est la raison pour laquelle des interventions inspirées de l’urbanisme tactique ont été développées à titre expérimental au sein de la ville de Liège, dans le quartier Saint-Léonard ainsi qu’autour du parc de la Chartreuse, dans le quartier du Longdoz notamment.

Dans les deux cas les interventions ont été construites sur base d’une collaboration entre Ville – différents départements dont la maison de quartier de St-Léonard (Gregor Stangherlin) et le service des travaux publics (Anne Rondia) – et Université de Liège – laboratoire LEMA (Christine Ruelle) –, développée dans le cadre des projets Interreg SUN et VALUE Added,

Dans le cadre du projet SUN, il s’agissait de soutenir des initiatives habitantes en matière de verdurisation des quartiers. Des micro-projets proposés par des collectifs constitués d’habitants, de commerçants, d’associations et/ou d’écoles ont été évalués, sélectionnés, accompagnés et financés par le projet Interreg. On parle ici de financements de l’ordre de 3.000 à 5.000 EURs. Dans le cadre de la Chartreuse, la conception du projet et certains aspects de sa réalisation ont mobilisé les établissements scolaires proches (Ecole professionnelle de Froidmont, Collège Saint-Louis), des écoles d’art (ESA Saint-Luc Liège, Van Hal Larenstein University), les associations présentes autour du site (le Monde des Possibles,…), etc. Les acteurs sociaux et culturels sont, on le voit à travers ces quelques exemples, au cœur de la démarche de l’urbanisme tactique…

Il ressort de ces expériences que le processus de mise en place des actions a parfois autant si ce n’est davantage d’importance que leur résultat final qui peut paraître modeste. Il s’agit en effet de constituer et de mobiliser des collectifs d’habitants dans les quartiers, de soutenir leur intégration dans un processus de délibération collective, de les mettre en capacité, par exemple, de répondre à des appels à projets, soit une série de compétences qui pourront ensuite être mobilisées dans d’autres contextes. C’est là tout le sens de l’urbanisme tactique, qui entretient une confusion délibérée entre fins et moyens.

On observe par ailleurs que dans l’évaluation de ces actions, les processus de mobilisation et les effets d’apprentissage induits apparaissent comme déterminants au regard de l’intérêt de pérenniser et/ou mettre à échelle certains dispositifs, tels que les appels à verdurisation d’un quartier.

Il convient par ailleurs de souligner que ce mode opératoire ne peut masquer le manque d’investissements structurels dans les quartiers en difficulté. Il faut toujours y investir dans des espaces verts de qualité, les formes de mobilité alternative, l’amélioration de la qualité de l’habitat. L’urbanisme tactique n’est pas une panacée et ne peut devenir un alibi pour oublier les injustices profondes dont souffrent les quartiers en difficulté.

Dans cet esprit, on constate aujourd’hui que plutôt que de modes opératoires opposés et incompatibles, urbanisme tactique et stratégique se voient aujourd’hui combinés dans un nombre croissant d’interventions urbaines. L’urbanisme tactique apparaît alors comme un moyen d’intervenir dans le temps court de la ville pour préparer, anticiper et tester des interventions, de nouveaux usages qui seront éventuellement stabilisés sur le temps long. L’urbanisme tactique sort ici du rôle contestataire et marginal qu’il tenait par le passé pour s’institutionnaliser. Un tel couplage entre urbanisme tactique et stratégique nous paraît particulièrement pertinent dans les quartiers en difficulté, considérant que des interventions ponctuelles et une mobilisation citoyenne exigent, dans ces quartiers, un soutien de la puissance publique et des acteurs intermédiaires (réseau associatif, maisons de quartier, écoles etc.)

Pour aller plus loin…

Bianchet, B., Decroly, J.-M., Descamps, J., Bastin, F., Claeys, D., Mercenier, C., Ruelle, C., Wilmotte, P.-F. (2016), Localisations prioritaires en matière de dynamisation et de rénovation des quartiers urbains existants, Rapport CPDT, Disponible en ligne.

Lydon M., Garcia A. (2015). Tactical Urbanism: Short-Term Actions for Long-Term Change. Washington DC, IslandPress.

Lerner J. (2007). Acupuncture urbaine. Paris, L’Harmattan, coll. Villes et entreprises, préface d’A. Voisin.

Casagrande M. (2010). Urban Acupuncture. Adam Parsons, University of Portsmouth.

Bacqué M-H., Biewener C. (2013). L’empowerment, une pratique émancipatrice ? Paris, La Découverte.

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Ruelle, C. (2016). Vers une transition durable des quartiers urbains. Formulation d’un modèle d’innovation applicable à la politique des quartiers. Thèse de doctorat en art de bâtir et urbanisme, Université de Liège, Faculté des Sciences Appliquées, 332p.

Ressources media relatives au quartier Saint-Léonard et au parc de la Chartreuse

Site internet du projet SUN : http://www.sun-euregio.eu/fr

Pages dédiées à la Chartreuse : http://www.liege.be/environnement/la-chartreuse

Film retraçant le processus du projet SUN à Saint-Léonard

 

Film sur le processus d’aménagement du parc de la Chartreuse